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De l'émerveillement



Quand sommes nous réellement "vivants" ?


Peut-être est-ce lorsque que nous sommes saisis ; lorsque le temps n'a plus de prise sur la perception que nous avons d'un instant. Puis, sortis de ces quelques secondes suspendues, le temps semble reprendre son cours. Il est à nouveau important de regarder dans notre passé pour y trouver ce que nous voulons, ou nous voulons pas, voir se répéter dans notre avenir.


L'émerveillement fait partie de ces moments là, toujours sous-jacent à nos instants de vie. Il n'est jamais loin mais nous nous en éloignons toujours un peu trop. L'émerveillement, c'est ce moment où rien d'autre ne prime que d'être témoin de la Vie. Sous quelque forme qu'elle prenne à cet instant, pour peu qu'elle nous apparaisse comme nue. Dénuée de concepts, dénuée de sens.


L'extrême de ces instants, c'est souvent un moment anodin. C'est pour cela qu'il n'est jamais loin. Mais nous ne prenons plus conscience que c'est dans l'anodin que réside la Beauté, c'est la raison pour laquelle nous nous en éloignons toujours trop.


Cet anodin nous saute parfois aux yeux, sans prévenir. Une lumière, une image, un paysage, un oiseau, ou encore tous ces éléments qui s'additionnent. Ils nous rappellent, l'espace d'un instant, que cette brise qui nous caresse le visage est toujours là. Mais nous ne savons plus toujours la goûter.


Si nous en étions privés, elle serait alors des plus précieuses. Alité dans une chambre d'hôpital, on regarde dehors, en espérant pouvoir retourner goûter à ces choses simples qui semblent si loin, inaccessibles. Mais là encore il y aurait mille choses dont on pourrait témoigner. Tout est relatif dans l'émerveillement. Relatif à son caractère anodin qui devient précieux si l'on vient à le perdre. On perçoit alors ce qui est précieux dans la liberté, la simplicité.


Combien de fois avons-nous eu un mal de tête, une rage de dents, un mal de gorge, un ou des soucis qui nous amputent d'une partie de nous, alors que nous travaillons ? A cet instant, seule la libération de ce mal semble compter. Puis une fois cette douleur disparue, nous cherchons d'autres maux contre lesquels souhaiter agir. Ce travail pénible, ce rendez-vous qui nous empêche de profiter d'un autre moment, cette voiture qui ne roule pas assez vite, ce temps qui nous échappe. Que de soucis...


Quand nous réjouissons-nous de ne pas avoir mal ? D'avoir nos deux yeux ? D'avoir la possibilité de nous lever pour aller nous servir un verre d'eau ? Amputons-nous une semaine de ces choses simples et observons à quel point elles nous sont précieuses lorsqu'elle ne sont plus accessibles. Ce sont souvent des gens qui ne les ont pas,ou plus, qui sont les plus à même de témoigner du caractère précieux de ce qui leur reste. Car ce n'est pas ce "qui nous reste", c'est ce que nous avons.


C'est là l'émerveillement conscient, la relativité de l'absolu.


Comme pour nous rappeler que ces instants existent, la lumière traverse parfois le brouillard, lui même pris entre les branches nues d'un arbre, un matin froid du mois de février. C'est alors, sans vraiment comprendre, que nous y verrons comme un rappel au réel, au delà de notre réflexion mentale, de nos concepts analytiques.


On pourrait croire que ceux qui réfléchissent trop ne verront plus ces moments. C'est en partie vrai, mais la Beauté est telle qu'elle ne nous épargne jamais totalement de l'émerveillement.


Nos sens cherchent toujours à analyser notre environnement, en recherche de sécurité. C'est archaïque et cela nous a permis de survivre en tant qu'espèce.

C'est la raison pour laquelle nous nous orientons toujours, trop souvent parfois, vers ce qui nous "empêche" d'être "libre". C'est cet élan de liberté qui revêt la nécessité d'agir, qui devient elle-même un cadre qui finit par nous enfermer et nous asservir.


Dans ces instants d'émerveillement, le système nerveux central ne cherche plus la sécurité. Une partie reste en veille, au cas où. Mais nous atteignons, ponctuellement, cette capacité à "être là "sans essayer de chercher à nous protéger, dans l'avenir, de ce qui nous a marqué, dans le passé.


Nous sommes simplement là et nos fonctions physiologiques, l'espace de ces quelques secondes, sont à l'équilibre (ce point sera développé dans un prochain article sur l'homéostasie). Elles ne fonctionnent plus uniquement pour s'adapter tant bien que mal à ce que nous filtrons et percevons de notre environnement. Pendant quelques instants, le corps s'occupe du corps et non de ce que nous lui demandons presque inconsciemment.


Ces rappels nous imprègnent d'une sensation qui peut ensuite être recherchée dans l'émerveillement conscient. On ne doit rien faire pour l'apercevoir, on doit se laisser faire et observer ce qu'il y a de beau, bon, disponible, libre.


C'est un "yoga", une gymnastique. Pour pouvoir nous y installer petit à petit, faire que ces instants fugaces le soient moins, nous pouvons apprendre à nous y abandonner sans chercher à les saisir.


Si nous souhaitons réitérer cet émerveillement, nous allons chercher la sensation dans le passé en espérant la reproduire dans le futur, alors nous en perdons l'essence même.


Au mieux, nous pouvons apprendre à reconnaître cette sensation, lorsque tout le reste passe au second plan. Habituons-nous à nous laisser surprendre, emporter par ces instants, plutôt que de les rechercher. Ils sont toujours là, comme le silence est toujours là quand nous apprenons à reconnaître que c'est lui qui sous-tend tout ce que nous entendons.


Alors, tout comme on peut apprendre à écouter le silence, à chaque instant, on peut essayer de trouver ce parfum d'émerveillement, dans tout.


Notre physiologie est naturellement disposée à ce jeu d'équilibre entre l'attention consciente et la capacité à s'abandonner à la contemplation. C'est un art que de savoir jongler entre ces deux pôles, apprendre à les connaître et les reconnaître en toute situation. C'est n'est pas une "technique", c'est une écoute.


Dans cette écoute, notre corps peut être un corps, pour ce qu'il est et non pour ce que nous lui demandons d'être.


Toutes les traditions spirituelles, religieuses, portent une teneur contemplative (si, si, cherchez bien). L'émerveillement est à la contemplation ce que la conscience est à la vie.


Nous ne sommes vivants que lorsque nous sommes conscients de l'être, sinon nous nous laissons simplement et aveuglément porter par ce superbe animal que nous habitons.


L'émerveillement est ce trait d'union qui nous ramène à une autre conscience de la réalité, de la vie.






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